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Brigitte Lahaie, ex-star du X : "La sexualité est révélatrice de la société et nous sommes en crise"


Femme de radio depuis maintenant vingt ans, à 64 ans, Brigitte Lahaie se confie et livre son regard éclairé sur la société. L’ex-star du porno vient par ailleurs de tourner dans un film classé X. Et juge notre société “schizophrène”.

Bio express

Brigitte Lahaie fêtera 65 ans le 12 octobre. En 1976, elle commence à tourner dans des films X et érotiques et s’arrête en 1980. Elle fait entre-temps et ensuite de nombreuses petites apparitions dans des films de Henri Verneuil, de Jean Rollin comme de Max Pécas.

Elle a écrit plusieurs livres dont certains érotiques. En 2001, elle débute sur RMC avec l’émission “Lahaie, l’Amour et vous” qui va durer 15 ans chaque après-midi. Remerciée par la station, elle propose depuis la même émission mais cette fois sur Sud Radio.

Quarante ans après, vous venez de retourner dans un film classé X, “Une dernière fois”, pour quelle raison ?

En fait, c’est un peu l’histoire d’une rencontre avec la réalisatrice Olympe de G. et puis un scénario qui correspond beaucoup à ce que je crois et ce que je défends : à la fois le désir, qui pour moi est le moteur de la vie, et puis je suis également membre de l’ADMD, le droit de mourir dans la dignité. Ce film parle beaucoup de la sexualité féminine, de cette “dernière fois” et la difficulté pour moi, c’était de faire comprendre que je ne voulais pas faire de scène pornographique et ça a été accepté par la réalisatrice et Canal + qui l’a diffusé. Pour moi, ce n’est pas un film porno, c’est avant tout un film d’auteur.

S’il n’y a pas de désir, alors la vie ne vaut pas d’être vécue

Vous aviez conscience que ça allait faire parler…

Ah ça oui, mais je n’ai pas peur de prendre des risques, je suis sûre d’avoir fait le bon choix. Vous savez, mon émission à la radio marche très bien, je n’ai pas besoin de pub, je n’ai pas fait ce film pour ça. C’est notre rôle, quand on a une carrière, d’aider, c’est ce que j’ai fait avec cette réalisatrice qui a du talent.

Vous avez fait de nombreuses petites apparitions au cinéma : des souvenirs marquants ?

Deux ou trois belles rencontres m’ont marquée, avec des metteurs en scène importants, comme Philip Kaufman, j’avais eu un petit rôle dans Henry et June. Ou Henri Verneuil, dans I comme Icar, c’était un chouette film, en 1977, je garde surtout le souvenir d’un Yves Montand très… sympathique et très présent près de moi ! J’avais 22 ans, j’étais en plein porno, mais je ne pense pas qu’il voyait les films, ce n’était qu’en salle à l’époque, ce n’est arrivé dans les foyers qu’avec Canal + et l’arrivée de la vidéo. Alain Delon également….

Alain, je l’ai d’abord rencontré en 1977 quand je faisais de la figuration dans Mort d’un pourri, et j’étais tétanisée face à lui, il était magnifique. Et après j’ai tourné dans Pour la peau d’un flic. Là, j’avais ma meilleure amie qui était sa maîtresse et qui jouait un petit rôle également. Il connaissait mes films, c’est ce que m’a confirmé Mireille Darc quelques années plus tard. Vous savez, Alain ce n’est pas quelqu’un de coincé.

Comment jugez-vous l’évolution des mœurs par rapport à il y a 40 ans ?

Je travaille sur la sexualité depuis 40 ans et c’est assez extraordinaire de constater que la société est schizophrène : à la fois beaucoup de choses se sont libérées, notamment le plaisir féminin, et parallèlement on vient d’avoir cette femme interdite d’entrer au musée d’Orsay à cause de son décolleté. On voit cette dichotomie entre l’ouverture – on peut vivre en couple, célibataire ou en tant que lesbienne être bientôt autorisée à la PMA – et parallèlement on constate de plus en plus de crispations.

Mais ça a toujours été ma devise : la sexualité est révélatrice de l’état d’une société. Nous sommes en crise, et donc forcément il y a des tensions et la liberté de s’habiller comme on veut, d’être sexy, est en danger. On ne peut plus non plus bronzer les seins nus alors que ça a été une libération féminine… Ce n’est pas rassurant.

J’aime ce côté Sherlock Holmes, j’ai quelqu’un à l’antenne, je dois trouver la raison de son appel

Pour vous, le porno des années 70 a participé à la libération de la femme.

Totalement ! Les femmes dans les films pornos que j’ai tournés, se libéraient, prenaient des amants parce que leur mari était un mauvais coup, c’était des films libérateurs et pas du tout avilissant pour la femme. Des femmes m’ont dit avoir fait leur première fellation après m’avoir vue le faire dans les films. Moi en 75 j’avais 20 ans et il n’y avait pas tant de femmes libres. J’ai participé à cette libération et bien sûr, après, avec mes émissions.

Comment jugez-vous le porno aujourd’hui ?

Il est à l’image de la société, violent, consommateur. Mais peut-on encore parler de film porno ? Ce sont des séquences, on regarde des vignettes le temps d’une masturbation et voilà.

Vous demande-t-on des conseils sur l’opportunité de tourner du X ?

Ce n’est pas une question que l’on me pose. On peut toujours juger avec son prisme à soi, parfois des femmes préfèrent gagner un peu plus d’argent en faisant du porno plutôt que d’être exploitées par un patron dans un supermarché, qui peut se permettre de juger ? Ce peut-être une expérience initiatique douloureuse qui peut laisser des traces, ce n’est pas anodin, mais pas forcément négatif. Moi, j’avais répondu à une annonce qui cherchait “femme avec forte poitrine”, je me suis dit : “tiens pourquoi pas”, j’étais assez naïve mais très libre.

On vous renvoie souvent à cette époque-là…

On m’associe au porno, on aime bien mettre des étiquettes sur les gens, la mienne est peut-être plus lourde à porter… On va dire qu’elle m’habille. Ça fait partie de ma vie, je ne regrette pas, le plus dur, c’est d’arriver à surmonter le regard des autres.

Vous fêtez vos vingt ans de radio à parler sexualité. Qu’est-ce qui a changé ?

En 2001, il y avait des sujets compliqués à aborder, l’homosexualité par exemple, on me disait qu’il ne fallait pas trop parler de sodomie J’en reviens au fait qu’aujourd’hui on parle plus librement de sexualité, de bisexualité qui n’est plus taboue, tout comme les jouets intimes devenus banals, mais il y a aussi un retour du puritanisme.

Au bout de 20 ans, restez-vous toujours aussi motivé ?

Je prends toujours autant de plaisir et même plus. Ce qui me plaît, c’est ce côté Sherlock Holmes : j’ai quelqu’un à l’antenne et il faut essayer rapidement de trouver la raison de son appel. Si je peux me permettre le jeu de mots, il faut pénétrer rapidement l’auditeur.

Avec l’expérience, j’arrive à lui faire dire quelque chose qu’il n’aurait pas dit au bout de deux ans de thérapie dans un cabinet. Après, je ne prône pas tout et n’importe quoi, j’ai une éthique. Il n’y a rien de provocateur, le CSA ne m’a jamais fait la moindre réflexion. On y parle du désir, et pour moi la vie, s’il n’y en a pas, elle ne vaut pas le coup d’être vécue. L’émission permet aux personnes de découvrir quels sont leurs désirs et mieux les comprendre.

Vous continuez sur Sud Radio (*) ?

Pour l’instant, je continue, l’émission marche mais vous savez, RMC m’a bien viré alors que ça marchait alors…

“Je ne regrette pas d’avoir dit que l’on peut avoir du plaisir après un viol”

Brigitte Lahaie se retrouve parfois au cœur de polémique avec son parler cru mais franc.

“Il y a même des gens qi prennent du plaisir pendant un viol”. Cette phrase lâchée sur une chaîne info avait provoqué une polémique jusqu’à ce que Brigitte Lahaie s’excuse.

Avec le recul, elle ne regrette rien : “Sur le moment, je me suis dit que j’avais perdu une occasion de me taire, parce que c’était un peu violent. Mais aujourd’hui, j’ai tellement reçu de messages de gens qui m’ont dit “merci d’avoir dit ça”, ça m’a soulagé, je ne regrette pas de l’avoir dit. Même si parfois ça paraît fou, il faut dire des choses vraies”.

“J’ai dit ça parce que Caroline de Haas me fatiguait à prétendre que parce qu’elle avait été violée, elle n’avait plus accès au plaisir. C’était une façon raccourcie de lui dire : “Attendez, il y a même des gens qui jouissent pendant un viol. On peut très bien avoir du plaisir après avoir été violé”. C’est ça le sens, mais on en a fait un raccourci. Et ce raccourci a aidé des gens qui ont pris du plaisir durant un acte non désiré et qui se sentaient encore plus coupable ; ça a libéré la parole de beaucoup de victimes”, répond-elle.

Brigitte Lahaie défend aussi cette autre analyse : les hommes sont attirés par la jeunesse, les femmes par le pouvoir. “C’est évident et de manière inconsciente, un peu archaïque, on a quand même en nous une part animale, c’est basé sur des notions de reproduction ces notions de jeunesse et de pouvoir : il va falloir peut-être encore 2 000 ans pour que ça change, je sais de quoi je parle, ce ne sont pas des croyances personnelles, c’est une réflexion qui s’appuie sur des lectures et des connaissances”.

“J’ai été féministe bien avant celles qui se disent féministes aujourd’hui et qui m’agressent. Je considère qu’il faut arrêter de penser que le mal vient du patriarcat, même s’il a pu avoir des répercussions négatives sur certaines femmes, je n’aime pas ce raccourci. Aujourd’hui, même si le patriarcat n’a plus de raison d’être, si on supprime les hommes, je ne suis pas sûr que la société ira mieux”. 

(*) Du lundi au vendredi  sur Sud Radio, 14 h – 16 h.

 

 



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